Edson X
Je suis sorti du commissariat en chantant : « La Gwadloup sé tan nou »
Fait divers, 17 février 2009
Edson X est un rappeur guadeloupéen plein de talent, engagé pro-LKP.
Avec deux amis, durant la grève générale, il a tourné de petits reportages amusants et décalés, mégaphone à la main, où ils donnent la parole aux Guadeloupéens de la rue.
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Mots clés (Tags): Audio colonialisme DOM-TOM La parole à... Police
Mardi 17 février dans la nuit, sans nous connaître, lui et moi arpentions, chacun de son côté, les rues de Pointe-à-Pitre qui s’embrasait pour comprendre ce qui se passait et en témoigner sur internet. Avec les deux amis avec qui il réalise ses reportages, il a eu le malheur de tomber sur une brigade de la BAC (Brigade Anti-Criminalité). Jeunes, noirs, à pieds, dehors une nuit qui connaissait des violences, il n’en fallait pas plus pour en faire des coupables aux yeux des policiers qui aussitôt les ont agressés, profitant de leur isolement. Sans raison, les coups ont commencé à pleuvoir. L’un des policiers a braqué son fusil à pompe et ordonné aux jeunes de se coucher. Edson qui se protègeait des coups ne s’est pas couché immédiatement mais a levé les mains. Le coup est parti quand même dans une détonation sourde, une "gomme cogne" l’a atteint à la jambe et a pénétré dans sa cuisse. Cette munition de caoutchouc a fait des dégâts bien réels. Il aura fallu extraire la balle. Aujourd’hui Edson X est sorti de l’hôpital mais il boîte toujours. Il a porté plainte contre la police. Il a fait écouter la chanson qu’il a écrite sur cette bavure à Chien Créole, qui l’a traduite en français pour ses lecteurs non créolophones : Fait divers - 17 février 2009 On est le mardi 17 février 2009, une heure du mat’ On est en direct de la rue Frébault (1) Ça fait quatre semaines que la Guadeloupe est en grève Les négociations sont au point zéro. Depuis le 20 janvier, un collectif, le LKP Lyannaj kont pwofitasyon (2), Fait la vérité, au grand jour éclater. On y découvre que Lurel et Gillot (3) sont les rois du bavardage, La cruauté du patronat et toutes les combines de la SARA (4), Pourquoi une jeunesse dans son propre pays Est amenée à galérer, Que les grands patrons n’ont pitié Ni des vieux, ni des malheureux ? La veille, les mamblos (5) ont fracassé un syndicaliste, Tout le monde à en mémoire « les derniers maîtres de la Martinique » (6), Ce soir, c’est la révolte, face au mépris affiché de l’Etat, Beaucoup de jeunes sont prêts à en découdre. J’suis avec deux d’mes potes à marcher tranquillement En direction du boulevard Légitimus Quand une 206 fait irruption A bord il y a deux hommes et une femme Un des mecs a un fusil à pompe, l’autre un flash-ball Dans leurs yeux je vois des flammes ! La suite, amigo, est digne d’un film d’Hollywood On n’a pas encore compris à qui on a à faire A Bonny and Clyde et Clint Eastood. Clyde essaye de me boxer, veut me mettre des balayettes (7) Clint avec son fusil à pompe nous gueule de nous coucher à terre J’ai les deux mains en l’air quand j’entends une détonation Bonnie s’trouve à deux mètres à peine de moi En train de menotter un pagna (8) Je m’assieds car je me sens touché Clyde en profite pour me rouer de coups de pieds Comme par hasard la 207 de RCI apparaît Caméra, micro : pour eux ils ont surpris trois jeunes en flag’ Le lendemain, nous faisons le 20h00, Mais dites moi, où va-t’on Avec trois débiles comme Pointaire, Mavoundzy et Cordoval ? En parlant de Cordoval, c’est le spécialiste Le genre de personnage qui dégrade la profession journalistique, bref... Au commissariat, pas la moindre palpation, Pas un interrogatoire et pas une convocation Je vous informe qu’on m’a attaché dans les escaliers Pour ne pas envenimer les choses, que je n’en dise pas trop. Les pompiers m’ont pris en charge J’envois la force pour eux Epaulé par deux d’entre eux Qui ont même dû croire que j’étais fou Je suis sorti du commissariat en chantant : « La Gwadloup sé tan nou » (9) A l’hôpital, ça a pas pris une heure Pour que j’arrive au bloc D’ailleurs, j’tiens à souligner le travail Des infirmiers et du docteur Manicom Pour dire c’que j’ai ressenti, y a pas d’mots J’me dis qu’un jour après, J’aurais pu être à la place de M. Bino (10). Vous croyiez quoi ? Vous vouliez intimider Edson ou quoi ? Mais sachez que même sur une seule jambe, Je reste mobilisé : LKP ! LKP ! LKP ! __ Notes : (1) La rue Frébault est la grande rue commerçante de Pointe-à-Pitre. Edson X et ses amis l’ont empruntée car elle était illuminée et qu’ils pensaient y être plus en sécurité que dans les rues obscures avoisinantes. (2) Lyannaj Kont Pwofitasyon (LKP) : Union contre le profit et l’exploitation (3) Lurel et Gillot : respectivement président de Région et du Conseil Général de Guadeloupe. (4) SARA : Société Anonyme de Raffinerie des Antilles (5) Les mamblos : les gendarmes mobiles (6) Les derniers maîtres de la Martinique : reportage de Bolzinger passé sur Canal+ et parlant des békés (blancs descendants des esclavagistes) de Martinique qui sont les mêmes qui contrôlent l’essentiel de l’économie guadeloupéenne (7) Les balayettes : les coups de pied (8) Pagna : pote (9) La gwadloup sé tan nou : chant devenu l’hymne du LKP (10) Jacques Bino, syndicaliste assassiné le 18 février 2009 dans des circonstances à ce jour non éclaircies, quoiqu’en dise le procureur.
Fait divers 17 février 2009 - à paraître sur le prochain album d’Edson X • A écoutez sur le site d’Edson X • Retrouvez les reportages d’Edson X (en créole) sur dondadaprod1.kalottlyrikal.net