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COTE D’IVOIRE

Disparu depuis quatre ans : Guy-André Kieffer

Enlèvement d’un jornaliste

Le 29 avril 2008, Rudolf Kieffer est venu nous voir après l’enregistrement de la Télé des Sans-papiers. Il voulait nous parler de son père adoptif, Guy-André Kieffer, disparu en Côte d’Ivoire depuis plus de quatre ans.

Devant le peu d’avancée de l’enquête sensée faire la lumière sur l’enlèvement de son père, Rudolf a quitté l’Angleterre, où il vivait depuis plusieurs années, et est venu s’installer en France pour essayer de relancer le travail d’investigation qui doit faire la lumière sur ce qui est advenu de son père, qu’il espère encore en vie...

Dans le brouhaha de l’Olympic Café, il répond, en anglais donc, aux questions de Michel.

www.guyandrekieffer.org Mis en ligne par Bruno
Mots clés (Tags): Armée Audio Côte d’Ivoire Economie English

Le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer a été kidnappé par un commando sur le parking d’un supermarché d’Abidjan, le 16 avril 2004, après avoir été « attiré dans un piège » par Michel Legré, beau-frère de Mme Simone Gbagbo, l’épouse du président ivoirien.

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Au moment de sa disparition, il enquêtait sur la filière cacao. Le vendredi 16 avril 2004, le journaliste a rendez-vous sur le parking d’un supermarché d’Abidjan avec Michel Legré, le beau-frère de Simone Gbagbo, l’épouse du président ivoirien. On ne l’a plus revu depuis.

Depuis quatre ans, il n’y a donc aucune trace de ce journaliste d’investigation, Guy-André Kieffer. Les enquêtes menées par l’instruction française seraient juste arrivées à déterminer qu’une quarantaine de personnes sont soupçonnées d’être impliquées dans la disparition de Guy-André Kieffer, dont le ministre des Finances à l’époque, Antoine Bohoun Bouabré, actuel ministre du Plan et Michel Legré, principal suspect, beau-frère de Simone Gbagbo, l’épouse du chef de l’Etat ivoirien Laurent Gbagbo. Legré, mis en examen le 21 octobre 2004 par le juge d’instruction français Patrick Ramaël pour “enlèvement et séquestration” et supposé avoir été placé en résidence surveillée à Abidjan circule pourtant librement, y compris hors du pays.…

Jean-Tony Oulaï, autre ressortissant ivoirien se disant « ex-capitaine » de l’armée, et que certains témoins accusent d’avoir supervisé l’enlèvement du journaliste, a également été mis en examen pour « enlèvement et séquestration » en janvier 2006 en France et placé en détention.

Jean-Tony Oulaï, qui est considéré comme étant le chef du commando "Cobra" qui a enlevé et fait disparaître Guy-André Kieffer (GAK), a été de nouveau interpellé, puis incarcéré à la prison de Fresne, le 17 octobre 2007. Cette incarcération fait suite d’une part à la violation répétée de son contrôle judiciaire et à son refus de répondre auux convocations du juge Ramaël (qui souhaitait l’entendre suite aux révélations du témoin Berté Seydou qui met ouvertement en cause son ancien patron, Oulaï) et, d’autre part, elle rend compte de l’accumulation de charges qui pèsent au-dessus de la tête d’Oulaï.

Celui apparaît comme étant de plus en plus suspect et impliqué dans cette affaire, dans laquelle son nom revient de plus en plus souvent au fil de l’avancement de l’enquête.

Comme l’a affirmé le journaliste Robert Marmoz le 18 octobre 2007 sur le site du "Nouvelobs.com", il ne fait aucun doute aujourd’hui que Tony Oulaï a bien dirigé le commando "Cobra", l’un des escadrons de la mort qui ont fleuri en Côte d’Ivoire depuis les années 2000 et qui pratiquent enlèvements et assassinats pour le compte de la présidence ivoirienne.

Le nom d’Oulaï est apparu dans l’affaire GAK trés rapidement, puisqu’il avait été initialement dénoncé par deux de ses hommes de main, qui se sont ensuite rétractés en affirmant qu’ils avaient voulu lui faire une mauvaise plaisanterie... Ben voyons...

Son téléphone portable, saisi par le juges français, contient une impressionnante série de photos de cadavres...

Rappel des faits :

En 2002, Guy-André Kieffer, alors journaliste, prend un congé sabbatique pour se rendre en Côte d’Ivoire, à la demande du président GBAGBO, élu en 2000, qui souhaitait lui confier une mission d’audit de la filière cacao dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial.

Cette mission se déroule au sein du cabinet CCC (Commodities Corporate Consulting, animé par Stéphane de Vaucelles) mais prend fin prématurément, au bout de quelques mois, du fait sans doute que cet audit met rapidement en lumière les malversations considérables qui affectent cette filière. Un raport d’audit de l’Union européenne sur "l’argent du cacao", publié fin-2005, vient de démontrer le bien-fondé des conclusions auxquelles Guy-André Kieffer était parvenu.

Plutôt que de renoncer à ses investigations, et malgré les premières menaces qui se font jour ("C’est la reconnaissance de la qualité de notre travail", avait déclaré alors Guy-André Kieffer à l’un de ses collaborateurs ivoiriens), il décide de les poursuivre et même d’en élargir le champ, en qualité de journaliste indépendant.

Il produit alors, jusqu’au jour de son enlèvement, de nombreux articles bien renseignés et très critiques sur l’économie et les finances de la Côte d’Ivoire, articles qu’il publie dans la presse ivoirienne sous des pseudonymes divers ou dans "La lettre du Continent" revue française spécialiste de l’Afrique à laquelle il collabore régulièrement.

Ces enquêtes, dont il apparaît clairement qu’il en est l’auteur, lui valent de nombreuses inimitiés dans les milieux d’affaires ivoiriens et franco-ivoiriens et au sein même du gouvernement ivoirien : il échappe ainsi, semble-t-il, à trois reprises à des procédures d’expulsion grâce, semble-t-il à des interventions du président Gbagbo lui-même.

Les menaces d’expulsion se transforment progressivement en menaces plus directes : divers témoignages concordants font état de menaces de mort, la dernière ayant été proférée publiquement dans un restaurant d’Abidjan par un proche du ministre de l’économie ivoirien ("On aura ta peau...") peu de temps avant son enlèvement.

Au cours des mois qui ont précédé cet enlèvement GAK avait notamment travaillé sur les sujets suivants :

- Le financement des ventes d’armes en Côte d’Ivoire ;

- Le financement des groupes rebelles du Libéria ;

- Le montage de la Banque Nationale d’Investissement ;

- Le paiement occulte des salaires de Guinée-Bissau par la Côte d’Ivoire ;

parmi d’autres sujets éminemment sensibles.

Dans les jours qui ont précédé son enlèvement, les personnes qui l’ont côtoyé l’ont décrit comme se sentant directement menacé, traqué. De toute évidence, Guy-André Kieffer se savait en danger. Il a néanmoins poursuivi son travail de journaliste sur place jusqu’à la date fatidique du 16 avril 2004. Depuis ce jour, GAK n’a plus donné aucun signe de vie.

Si l’hypothèse de l’assassinat de Guy-André Kieffer est aujourd’hui largement admise, jusqu’ici son corps n’a pas été retrouvé.

Volonté politique d’enterrer l’enquête sur fond de normalisation des relations franco-ivoiriennes ?

En France, les juges d’instruction Patrick Ramaël et Emmanuelle Ducos sont chargés d’élucider cette disparition. Ainsi, depuis le mois de mai 2004, le juge Ramaël a effectué près de 10 voyages à Abidjan.

Pour la famille Kieffer, la disparition du journaliste est une « affaire d’Etat ». Elle a accusé à plusieurs reprises les autorités françaises de ne pas se mobiliser suffisamment pour faire la lumière sur cette disparition. Les autorités politiques françaises semblent en effet tenir des positions pour le moins contradictoires. Alors qu’en août dernier, Sarkozy promettait à la famille Kieffer que tout sera mis en oeuvre pour que la vérité soit connue, trois mois plus tard, la brigade criminelle se voyait dessaisie de l’enquête.

Quant à la justice ivoirienne, qui doit « assister le juge français », elle traîne les pieds depuis le début de l’enquête : certains témoins, surtout parmi les militaires, se volatilisent systématiquement dès qu’arrive à Abidjan le juge Ramaël.

La famille du disparu a exprimé par courrier son incompréhension au gouvernement français : le frère du journaliste, Bernard Kieffer, a ainsi affirmé que la famille avait « l’impression d’être lâchée » par les autorités françaises et était « déroutée » par leur attitude.

A ce jour, l’Elysée n’a pas encore réagi...

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INFOS :

Le 30 mai, à 20 h 00, aura lieu à Lyon au Théâtre de la Croix-Rousse, un concert de soutien "Pour la vérité dans la disparition de GAK".

Répondant à notre appel et à celui du Club de la presse de Lyon (qui organise ce concert), plusieurs artistes (notamment lyonnais) et journalistes ont accepté de nous apporter leur contribution : Kent, Les Sales Fées, Nicolas Nourrit et Gavroche, les groupes Duo d’en Bas, Weed Academy et Walking on the beach (dans lequel officie Romy, la nièce de GAK).

Plusieurs confrères de GAK apporteront par ailleurs, lors de la soirée, leur témoignage sur GAK, le contexte de cet enlèvement, la difficulté à mener une enquête dans cette affaire : Robert Marmoz , Joseph Tual, notamment, seront là. Osange et Eric Kieffer apporteront leur témoignage d’épouse et de frère de GAK. La Fédération Française des comités Bétancourt et des otages en Colombie (FFIBOC) sera également avec nous pour cette soirée, ainsi que (par la pensée) Fabienne Nérac dont le mari, Fred Nérac, cameraman à ITV, est toujours porté disparu en Irak. Les places seront mises en vente vers mi-mai au prix unique de 5 euros.

Un journaliste a été enlevé...

Le 16 avril 2004, le journaliste Guy-André Kieffer était enlevé par un commando dans le centre-ville d’Abidjan (Côte d’Ivoire), après être tombé dans un guet-apens tendu par l’entourage du président ivoirien Laurent Gbagbo.

Depuis, sa famille, ses proches, ses confrères n’ont reçu de lui aucun signe de vie.

Les investigations menées par un juge français ont montré que ce journaliste, spécialiste des questions économiques, enquêtait sur des détournements de fonds au sein de la filière café-cacao en Côte d’Ivoire. Il dérangeait le pouvoir en place en révélant sa face cachée, ses turpitudes et ses multiples trafics en argent sale.

Que savait Guy-André Kieffer ?

Que le cacao peut tuer.

Que l’argent du chocolat est mêlé de sang.

Que l’on peut payer très cher la recherche de la vérité.

Au nom de ce journaliste, nous aussi, exigeons de connaître la vérité.

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La Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao. Guy-André Kieffer, agronome de formation et spécialiste des matières premières, enquêtait sur des détournements de fonds au sein de la filière café-cacao dans le pays, au moment de sa disparition.

+ d’infos :

http://guyandrekieffer.skyrock.com/

http://www.guyandrekieffer.org

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Contact Reporters sans frontières :

Anne Derycke (01 44 83 84 73)



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