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Joyandet au Congo, Sarkozy en Angola...

Manifestation "Business et dictatures" devant le siège de Total

"Realpolitik" françafricaine...

Mercredi 21 mai, une vingtaine de militants de l’association Survie se sont réunis en face du siège de Total à la Défense (Paris) au moment où Nicolas Sarkozy commémorait l’opération militaire sur Kolwezi, et où le secrétaire d’Etat à la Coopération Alain Joyandet partait au Congo Brazzaville pour inaugurer une nouvelle plateforme pétrolière de Total, avant de rejoindre le 23 mai Nicolas Sarkozy en Angola.

Survie France Mis en ligne par Safari
Mots clés (Tags): Armée colonialisme Congo Economie Manifestation Site d’information

Le mercredi 21 mai, le Président de la République Nicolas Sarkozy, comme il l’avait annoncé en janvier dernier, célèbre aux Invalides le 30ème anniversaire de Kolwezi et les « opérations extérieures », essentiellement les nombreuses interventions françaises en Afrique (officiellement une quarantaine durant les 50 dernières années).

En 1978, la France intervenait militairement au Zaïre (actuelle République Démocratique du Congo) en soutien au dictateur Mobutu, contre les 3000 rebelles du Front de Libération Nationale Congolaise (FLNC). Venus d’Angola, ils avaient pris la ville minière de Kolwezi où résidaient plus de 3000 ressortissants européens (belges et français) travaillant essentiellement à la Gécamines (société d’exploitation des mines de la région du Katanga). Le 19 mai, 600 parachutistes de la Légion étrangère sautaient sur Kolwezi pour reprendre la ville. D’après Mobutu et les militaires français, les rebelles se seraient livrés à des massacres d’Européens. Or, N’Guz Karl-I-Bond, ténor de la politique zaïroise, déclara en 1981, sans être démenti, que le massacre des 130 Européens qui justifiait l’intervention militaire avait été commis sur ordre de Mobutu lui-même pour forcer la main aux Français. A la suite de combats qui firent plus d’un millier de morts zaïrois, les paras français, ayant perdu cinq des leurs, reprirent la ville aux rebelles katangais. Cette « victoire » fut suivie d’atroces représailles sur la population autochtone sous couvert de faire la chasse aux « complices » de la rébellion [1].

Si les Français ont tout fait pour devancer les Belges c’est que cette intervention militaire entre incontestablement dans le cadre de la guerre de prédation des ressources naturelles que se livrent alors les grandes puissances en Afrique [2].

Aucun traité ne permettait cette intervention militaire française au Zaïre, mais cette ingérence permit de conforter le régime corrompu de Mobutu, au pouvoir depuis 1965 après avoir comploté l’assassinat de Lumumba en 1961. Elle déclencha un accroissement du volume de la coopération militaire franco-zaïroise, qui s’est alors accompagné d’une percée spectaculaire des grands groupes industriels français (Thomson-CSF, CGE, Péchiney) sur le marché zaïrois [3]. Pour les populations locales ce fut l’enfoncement funeste dans le chaos et la misère. Est-ce cela aussi que nous célébrons aujourd’hui ?

Un hommage à une politique cynique de puissance (la récente intervention au Tchad en est une preuve flagrante), et que l’inauguration le 21 mai de la nouvelle plateforme offshore de Total au Congo-Brazzaville (champ de Moho-Bilondo) en présence de Christophe de Margerie (Directeur Général du groupe pétrolier), par le secrétaire d’Etat chargé de la Coopération Alain Joyandet ne vient que confirmer ; tout comme le voyage du président Sarkozy en Angola, autre eldorado pétrolier et cible privilégiée des groupes Total ou Bolloré.

Véritable VRP des intérêts privés français, la diplomatie française entend ainsi contribuer à une recolonisation du continent, en compétition avec les nombreux acteurs que peuvent être la Chine ou les Etats-Unis. A qui ira l’argent du pétrole ? Si le Congo a adhéré à l’Initiative de Transparence des Industries Extractives (ITIE), l’Angola n’est pas partie prenante de l’initiative. Surtout, quelles garanties les autorités françaises entendent-elles demander aux régimes de Denis Sassou Nguesso et d’Edouardo Dos Santos sur cette question, qui ont largement détourné l’argent du pétrole et des caisses de l’Etat pour asseoir leur pouvoir, s’enrichir et acquérir de nombreux biens immobiliers en France et ailleurs, comme une récente enquête de la justice française l’a prouvé en ce qui concerne le président congolais ?

Comme dans le cas du Zaïre suite à l’opération sur Kolwezi, le financement par Elf (aujourd’hui Total) de la guerre civile de Sassou Nguesso en 1997, ou les livraisons d’armes dans celle de l’Angola (qui donnera lieu à la fin de l’année au procès de l’Angolagate), permettent aujourd’hui aux entreprises françaises de jeter leur dévolu sur les ressources de ces pays. Dans une interview parue le 20 mai sur lejdd.fr, Alain Joyandet affirmait d’ailleurs : « l’implantation des entreprises françaises en Afrique est l’une de mes priorités ». Etrange conception de la Coopération au développement, digne d’un ministre de l’Economie ou de la guerre. En fait c’est le langage d’un authentique ministre des colonies.

Nicolas Sarkozy, admirateur et émule d’une politique de domination, rend une nouvelle fois la France complice des pires dictateurs, au bénéficie d’une minorité. Une France vue en Afrique comme méprisante, profiteuse et xénophobe, semeuse de misère et de révolte.

[1] Cf Roger Rousseau Légion je t’accuse, la face cachée de Kolwezi 2008 et Kolwezi, l’avènement d’un officier sans honneur 2006 éd. Rexy

[2] Déjà le 12 avril 1997, évoquant la 1ère guerre du Shaba cette même année, le président français Valéry Giscard d’Estaing avouait dans une allocution radiotélévisée : « [J’ai] voulu donner un signal de solidarité. [...] L’Europe ne peut pas se désintéresser de ce qui se produit sur le continent africain [...]. L’Afrique, c’est un continent d’où viennent traditionnellement un certain nombre de nos ressources et de nos matières premières, avec lequel nous avons des liens très étroits », Le Monde, 14 avril 1977.

[3] A titre d’exemple, le marché zaïrois des télécommunications échut à Thomson CSF, dont le PDG était... Philippe Giscard d’Estaing, cousin de Valéry.

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Manifestation "Business et dictatures" devant le siège de Total

Cette action symbolique a vu la diplomatie française dérouler un tapis rouge aux entreprises françaises en Afrique. Une diplomatie VRP des intérêts privés français, intermédiaire dans la transmission de contrats et de valises à billets avec des dictateurs en armes, coutumiers du détournement d’argent du pétrole et des caisses de l’Etat.

Denis Sassou Nguesso, dictateur du Congo depuis 24 ans et José Eduardo Dos Santos, dictateur de l’Angola depuis 29 ans, une des plus grandes réserves pétrolières d’Afrique, étaient protégés par un vétéran de Kolwezi, opération aéroportée, il y a pile 30 ans, à laquelle Nicolas Sarkozy a voulu rendre hommage ce même jour aux Invalides.

En effet, en mai 1978, 500 parachutistes de la légion avaient sauté sur Kolwezi, cette ville du Zaïre qui venait d’être prise par des rebelles. Le prétexte des occidentaux menacés sur place, mais peut-être plus par les hommes de Mobutu désireux de faire monter la pression, avait permis d’aller, en toute illégalité, sauver le dictateur Mobutu, grand ami de la Françafrique. Après Kolwezi, l’armée française a pu s’habituer à ce type d’opérations extérieures (comme au Tchad, en Centrafrique, en Côte d’Ivoire...). De grandes entreprises françaises ont quant à elles connu un formidable développement économique au Zaïre en mettant la main sur les ressources minières et pétrolières de cette région du Congo, juste après l’intervention armée. Et c’est ce pacte de sang que célèbrait en choeur Nicolas Sarkozy et les anciens paras de Kolwezi, ce 21 mai.

Au cours de la scène, Nicolas Sarkozy et Alain Joyandet ont donc déroulé le tapis rouge sang aux entreprises françaises en Afrique : Total, Bouygues et Bolloré jusqu’au dictateurs amis de la France, Sassou Nguesso et José Eduardo Dos Santoas.

Nicolas Sarkozy, président de la Françafrique, se rend en effet en visite officielle vendredi 23 mai en Angola, dictature pétrolière qui ne doit sa survie qu’au détournement de l’argent du pétrole pour financer la guerre civile qui a ravagé le pays pendant 27 ans. Il sera accompagné d’Alain Joyandet, secrétaire d’Etat à la Coopération qui se rend auparavant ces mercredi et jeudi 21 et 22 mai au Congo Brazzaville afin d’inaugurer une toute nouvelle plateforme pétrolière de la société Total.

M. Joyandet déclarait hier que « l’implantation des entreprises françaises en Afrique est l’une de [ses] priorités ». Cette symbiose entre le PDG de TotalFinaElf et le secrétaire d’état à la coopération nous rappelle forcément les paroles de l’ancien Président d’Elf, selon lequel « le président d’Elf est à la fois président d’une société pétrolière et ministre bis de la Coopération ».

TotalFinaElf, représenté par son Directeur général Christophe de Margerie, est cette société qui, lorsqu’elle s’appelait Elf, a financé la guerre civile au Congo et les armes de l’actuel dictateur Sassou Nguesso afin de continuer à piller le pétrole congolais. C’est au prix de centaines de milliers de morts, que la société Elf, puis Total, s’est donc maintenue au Congo et continue son développement avec l’ouverture d’une nouvelle plateforme. TotalFinaElf finance les dictatures africaines, notamment par le versement de « bonus » de différents types, souvent bien peu transparents, dans la droite ligne d’Elf...

Vincent Bolloré, est un ami de Nicolas Sarkozy, PDG du groupe Bolloré, bénéficiaire des faveurs de l’Etat français et des dictateurs africains pour l’obtention de contrats. C’est justement en Afrique, que Bolloré a fondé et étend actuellement son empire financier. En ce moment, avec le soutien actif de l’Elysée, il s’intéresse d’ailleurs aux installations portuaires du Togo et du Congo Brazzaville, qui comptent parmi les pires dictatures françafricaines.

Martin Bouygues, autre proche du président français, magnat des médias et du BTP, président du groupe Bouygues, bénéficie de gros contrats d’équipement financés par l’APD. La semaine dernière, le Canard Enchaîné révélait que l’Elysée chercherait à le faire bénéficier de la privatisation d’Areva, ce qui reviendrait à lui offrir l’uranium du Niger sur un plateau... Encore une belle affaire africaine pour l’ami du président !

M. Sarkozy ne va pas en Angola que pour le pétrole, cette realpolitik françafricaine doit bénéficier à toutes les plus grandes entreprises françaises.

L’Angola, on en entendra reparler bientôt : peut-être pour de juteux contrats, mais aussi parce qu’en septembre s’ouvrira le procès de « l’Angolagate », aussi instructif et explosif que l’affaire Elf !! Ce type de procès, tout le monde les redoute : les dictateurs africains, nos hommes politiques, et nos brillants entrepreneurs.

Depuis maintenant 50 ans, la République française et ses différents présidents, du général De Gaulle à Jacques Chirac en passant par François Mitterrand, interviennent en Afrique, et notamment dans les anciennes colonies françaises, afin de maintenir au pouvoir des dictateurs amis et de permettre aux entreprises françaises d’exploiter allégrement les richesses naturelles du continent.

Contrairement à ce que peuvent dire certains observateurs, cette Françafrique néocoloniale n’est pas morte. Bien au contraire, depuis son accession à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy mène une politique qui s’inscrit dans la continuité de celles de ses prédécesseurs.

La continuation d’une politique de la France en Afrique au service d’intérêts particuliers, sacrifiant la démocratie, la bonne gouvernance et les droits de l’Homme.

+ d’infos :

Survie France

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Photos de notre envoyé spécial, Vincent L.



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