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Affaire Bruguière

L un des temoins cles du juge Bruguiere se retracte

Manipulation et mensonge du "juge anti-terroriste"

Colette Braeckman (Le Soir) interroge Emmanuel Ruzigana, l’un des témoins clés du Juge Bruguière. Il confirme une nouvelle fois la manipulation orchestrée par le juge français.

Nous avions déjà publié les deux textes suivants :

- Lettre ouverte adressée à Monsieur Le juge Jean-Louis Bruguière par Emmanuel Ruzigana

- Bruguière : Un deuxieme "témoin" de Bruguiere crache sur son rapport

Les cahiers de Colette Braeckman Mis en ligne par iso
Mots clés (Tags): Rwanda

Entretien

Avec Abdul Ruzibiza, transfuge du Front patriotique rwandais et auteur d’un livre choc (Rwanda, l’histoire secrète, éditions Panama), Emmanuel Ruzigana est l’un des témoins clés invoqués par le juge d’instruction français Jean-Louis Bruguière. Ce dernier, rappelons-le, a lancé en décembre dernier un mandat d’arrêt contre le président Kagame et plusieurs de ses proches, les accusant d’être membres d’un groupe d’élite tenu pour responsable de l’attentat qui, le 6 avril 1994, coûta la vie au président Habyarimana et à son collègue du Burundi.

D’après le juge, Ruzigana aurait, dans son véhicule, amené le groupe jusqu’au site de Masaka, d’où partit le tir fatal. Mais Ruzigana, aujourd’hui réfugié en Norvège et de passage à Bruxelles récemment, a nié les assertions qui lui ont été attribuées devant Le Soir et les caméras de la RTBF. Ce grand gaillard maigre a déclaré qu’il ignorait l’existence d’un commando de la mort et ne pouvait donc y avoir appartenu. Il précise aussi qu’« au moment du drame, il ne se trouvait même pas à Kigali, mais dans un camp militaire dans le nord-est du Rwanda ». Etrange... Dans la déposition retenue par le juge anti-terroriste, ces propos figurent pourtant, dûment enregistrés.

 Décrivez-nous votre parcours.

C’est grâce à mon ex-ami Abdoul Ruzibiza que je suis arrivé en France. Démobilisé après la guerre, j’avais été affecté à la police. Mais je voulais vivre autre chose, aller à l’étranger. Ruzibiza m’a alors conseillé de partir sur la Tanzanie. A l’ambassade de France, on m’a donné un visa pour Paris. A mon arrivée, des policiers m’attendaient à l’aéroport et m’ont emmené chez le juge. Tout allait si vite que je leur ai dit : je suis arrêté ? Heureusement, j’avais demandé à un ami qui m’attendait de me suivre.

 Comment s’est passée votre audition avec le juge ?

Alors que je ne parle pas français, il n’y avait pas de traducteur, seulement une secrétaire. Je comprenais plus ou moins les questions et tentais de m’expliquer. Le magistrat m’a demandé d’où je venais, combien de temps j’avais passé dans l’armée. En enchaînant, il m’a demandé si je faisais partie des escadrons de la mort. J’ai répondu que cela n’avait pas existé au Rwanda. Il m’a ensuite interrogé à propos de l’attentat.

Comme je n’avais rien à répondre, il a insisté en disant que je faisais partie du service de renseignements du FPR. Je lui ai dit que j’avais fait partie de ce service mais que, chez nous, on a les informations à propos du service auquel on appartient, sans plus. Il m’a ensuite interrogé à propos des officiers supérieurs, afin que j’explique comment ils avaient procédé pour massacrer les gens. C’est là que l’entretien a mal tourné, car je lui ai dit qu’aucun officier supérieur n’avait tué ainsi ; certes, j’ai précisé qu’il y avait eu des morts, mais dans le cadre de la guerre. Dans nos rangs aussi, il y a eu des morts...

Au fil de la conversation, je me suis fâché car quand je donnais une réponse qui ne lui convenait pas, il disait que cela ne correspondait pas à ce qu’on lui avait raconté. C’est alors que j’ai pensé que j’avais été piégé... Par chance l’ami qui m’attendait à l’aéroport m’avait suivi. A peine sorti de chez le juge, très fâché, je n’ai même pas voulu passer une nuit en France ; nous sommes tout de suite allés en Belgique et de là, j’ai gagné la Norvège.

 A la fin de votre audition, vous avez tout de même signé votre déposition après l’avoir lue ?

Oui, j’ai signé, mais en réalité, mes déclarations ne faisaient même pas cinq lignes car quand il m’interrogeait et que je ne savais pas répondre, je ne disais rien. Or dans le rapport du juge, les propos qu’il m’attribue sont bien plus longs... En fait, il avait déjà toutes les réponses à propos de ces dossiers... Si j’ai décidé de témoigner aujourd’hui, même en sachant que ces gens pourraient me tuer, c’est parce que le juge a fait du mal, par rapport à ma réputation, par rapport à mon pays...

 Comment jugez-vous le témoignage d’Abdul Ruzibiza ?

Dans l’armée, au vu de sa fonction, Abdul ne pouvait pas obtenir de telles informations, c’était impossible. Il était aide soignant. Vous croyez vraiment qu’avec ce grade, il aurait pu assister à toutes ces réunions ? Même des officiers supérieurs ne sont pas admis à toutes les réunions... Abdul a rompu avec le régime car on lui reprochait d’avoir détourné de l’argent de l’armée. Après avoir quitté le pays, il a été pris en mains par les services de renseignement français.

 Comment a-t-il pu écrire un tel livre ?

Mais ce sont les Français eux-mêmes qui l’ont rédigé ! Ce n’est pas lui qui a écrit, c’est une journaliste française (NDLR Claudine Vidal, chercheuse au CNRS, a rédigé la longue préface de l’ouvrage de Ruzibiza, donnant plusieurs clés de lecture)... Elle a tout fait. Lui, il s’est contenté de donner son nom et ses informations...

 Le juge dit que vous avez conduit un taxi jusque Masaka en avril 1994. Cela aurait-il été possible à cette époque ?

Je ne suis allé à Kigali qu’une année après la fin de la guerre... Mais je savais qu’en 1994, il était exclu pour un Tutsi d’aller là-bas, on n’aurait même pas pu y passer à pied tellement les lieux étaient bien gardés...

 Pourquoi avoir quitté l’armée ?

Après la guerre, j’ai été versé dans la police. Si j’ai quitté, c’est parce que je n’étais pas d’accord avec le fait qu’on libérait aussi facilement des gens que nous avions arrêtés après avoir mené des investigations sérieuses à leur sujet.

Jeudi 5 avril

Colette BRAECKMAN / Le Soir (Bruxelles)



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